Reconnaître les ruisseaux qui font les rivières

Localiser les têtes de bassin versant (zones en amont des grands cours d’eau), évaluer leur vulnérabilité et les pressions qu’elles subissent. L'attention portée aux têtes de bassin versant, qui contiennent les plus petits cours d'eau, permet d'identifier les origines de la dégradation de nos cours d'eau, d'agir le plus en amont possible et de guider les aménagements sur ces zones sensibles.

Pourquoi est-ce important d'agir ?

Aucun cours d'eau n'est jugé en bon état écologique sur le bassin versant de la Sèvre nantaise. Or une part importante des enjeux de qualité et de quantité d’eau se jouent à l’amont de nos grands cours d’eau. Ces têtes de bassin assurent de nombreux services aux bassins qu'elles alimentent : rôle d'éponge en retenant l'eau en hiver et la libérant en été, zones « tampons » qui retiennent les pollutions, réserves de biodiversité, espace de production de sédiments... Autant d'atouts qui justifient de développer les connaissances et la protection de ces territoires souvent fragiles.

« Un ruisselet de 10 cm de large est déjà un cours d’eau. »

 

Le témoignage de... Blandine Desnouhes, chargée d’études « eau » au CPIE (Centre permanent d'initiatives pour l'environnement) Sèvre et Bocage

Blandine Desnouhes - CPIE Sèvre et Bocage

D’où est partie l’initiative de travailler sur la tête de bassin versant dans le pays de Pouzauges ?

En 2006, des populations d’écrevisse à pieds blancs ont été retrouvées dans trois cours d’eau, alors qu’on les pensait disparues. Les acteurs locaux ont cherché des solutions pour restaurer leur habitat : des cours d’eau peu profonds à courant rapide, très oxygénés, avec un lit composé de graviers et de cailloux pour s’abriter.

Comment le CPIE est-il intervenu ?

Comme nous avions déjà réalisé l’inventaire des zones humides, nous avons été sollicités pour communiquer auprès des exploitants agricoles sur le rôle des petits cours d’eau et l’intérêt de les préserver. Il peut s’agir de ruisselets de seulement 10 cm de large. Les agriculteurs savent bien qu’ils ont de l’eau au milieu de leur prairie, mais ne voient pas forcément cela comme un cours d’eau. Nous leur avons expliqué les enjeux et proposé de mener des travaux pour protéger les cours d’eau tout en apportant du bien-être à leurs animaux.

Comment avez-vous été accueillis par les exploitants agricoles ?

En six ans, nous avons rencontré une trentaine de personnes et priorisé vingt exploitants dont les terres sont en tête de bassin. Les opérations expérimentales de la première année se sont bien déroulées, ensuite il était plus simple de convaincre les suivants ! Des aménagements ont été réalisés pour éviter le piétinement des berges par le bétail : demi-arche ou passage à gué, clôture, point d’abreuvement.

Et aujourd'hui ?

Nous avons mené ce travail de 2013 à 2018, date à laquelle l’EPTB a démarré l’identification des têtes de bassin versant. Aujourd’hui, les exploitants agricoles et l’ensemble des acteurs sur les têtes de bassin échangent avec le CPIE Sèvre et bocage à travers le Point Info Eau et les techniciens rivière sur les enjeux liés à l’eau de leur territoire.

 

Zoom sur...

L'écrevisse à pieds blancs

L’écrevisse à pieds blancs est une espèce dite « sentinelle » : sa présence atteste d’une bonne qualité de l’eau et des milieux. Cette espèce est en constante régression en France, à cause de la destruction d’habitats, des pollutions et de la peste transmise par les écrevisses exotiques.

(photo : Patrick Trecul)

Comment l’EPTB améliore la connaissance des têtes de bassin versant ?

Les têtes de bassin, que ce soient les cours d'eau ou les zones humides associées, sont protégées au titre de la loi sur l’eau et les milieux aquatiques. Mais leur protection concrète dépend de la connaissance qu’ont les acteurs de leur existence et de leur rôle. Or la cartographie fait défaut précisément sur ces cours d'eau de faibles dimensions et intermittents. La délimitation des têtes de bassin versant et leur caractérisation (rôle, vulnérabilité) offre un découpage fin du territoire pour aider les acteurs de l'aménagement à rationaliser leurs actions de reconquête de la qualité de l'eau. En 2018, l’EPTB a mis en place un outil informatique de localisation et de caractérisation des têtes de bassin versant.

Voir le dossier sur la délimitation et la caractérisation des têtes de bassin versant.

Qu'est-ce qu'une tête de bassin versant ?

Le bassin versant est l’ensemble de la surface recevant les eaux qui circulent naturellement vers un même cours d’eau. L’EPTB s’appuie sur une classification des cours d’eau qui leur accorde un rang augmentant de l’amont vers l’aval, au fur et à mesure des confluences. Une tête de bassin versant comporte des cours d’eau de rang 1 et 2, le plus souvent de 10 cm à 1 m de large.

En orange, un exemple de tête de bassin (regroupement de cours d'eau de rangs 1 et 2)

 

Berges piétinées par le bétail

 

Les pompes à nez évitent le piétinement des berges par le bétail

 

75%
du bassin versant de la Sèvre Nantaise ne comporte que de petits cours d'eau.

 

Réglementation


Le schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) du bassin de la Sèvre Nantaise, validé par arrêté préfectoral en 2015, prévoit une étude précisant la localisation des têtes de bassin versant, la caractérisation des fonctionnalités au regard des enjeux (qualité d'eau, quantité, biodiversité, morphologie), ainsi que le niveau de vulnérabilité et les modes de gestion. Depuis 2017, l'abreuvement direct du bétail dans les cours d'eau est interdit en Pays de la Loire.

 

Que puis-je faire à mon niveau ?

  • Habitants, usagers : prendre conscience des enjeux écologiques liés au bon fonctionnement d’un cours d’eau, dès la source.
  • Propriétaires : planter des haies, ne pas couper à blanc une haie qui protège le cours d’eau du soleil direct. Connaître les enjeux liés à l’eau sur sa propriété.
  • Agriculteurs : respecter l’interdiction d’accès des bêtes aux cours d’eau, même les plus petits.
  • Gestionnaires de plan d’eau : mettre les plans d’eau aux normes afin de limiter les impacts sur les cours d’eau (réchauffement, eutrophisation…).
  • Élus : s'appuyer sur un diagnostic environnemental communal (inventaire des zones humides et des haies) pour définir les zones à enjeux pour la qualité de l'eau. Sensibiliser les citoyens.

Contact :

Sébastien RENOU

Responsable du Pôle Analyse territoriale et Systèmes d'information

Etablissement Public Territorial du Bassin de la Sèvre Nantaise

Moulin de Nid d'Oie 10bis route de Nid d'Oie CS 49405
CLISSON Cedex

02.51.80.09.51

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